
Parmi tous les blockbusters de l’été, entamés lors de la fête du cinéma, “Les Petits Ruisseaux” de Pascal Rabaté fait office d’ovni. Adaptation d’une BD du même auteur sorti chez Futuropolis en 2006, ce récit mélancolique, mélange d’humour badin et de réelles questions de société se place facilement dans les classiques BD du genre, à côté du “Combat Ordinaire” de Larcenet et du “Lapinot” de Trondheim. Après Sfar et sa version onirique de Gainsbourg, c’est donc au tour de Pascal Rabaté de faire découvrir son univers très large avec une de ses œuvres les plus populaires. “Les Petits Ruisseaux” ou l’histoire de retraités qui redécouvrent la sexualité, l’ivresse des corps, l’aventure et le bonheur partagé. Début de séance !

Déjà, le casting a vraiment du goût. Pas forcément évident à la lecture de la BD, le choix de Daniel Prévost pour le rôle d’Emile, septuagénaire actif, s’avère très juste. Là où on le connaissait plutôt cabotin, excentrique et excessif, le frère d’armes de Desproges se fait très sobre, sincère et juste, sans jamais en faire trop. La bobine coule doucement comme l’eau de la rivière et Emile se fait charmant, un peu effacé mais étincelant par sa discrétion. Avec des partenaires féminins très justes et espiègles, des gueules de comptoir réussies et un Philippe Nahon utilisé à bon escient, le panorama de personnages est un véritable enchantement, très fidèle à la BD et véritable racine du film.

Les dialogues font aussi de ces “Petits Ruisseaux” une réussite. Quasiment copier-coller de la BD, l’humour qui en dégage réduit la tragédie palpable en filigrane derrière tout le propos, rendant le film encore plus humain. Le sujet est singulier mais ne tombe jamais dans la banalité, la façon de le filmer patiemment avec un recul, un oeil non intrusif très fidèle au regard de la bande dessinée, donne une joie de vivre communicative où rien ne fini jamais, tout est encore à faire. Des petites trouvailles visuelles simples, des plans très précis faisant vraiment penser à des vignettes de BD, placent vraiment ce film en dehors des carcans habituels du cinéma français. Ce parti pris visuel différent, loin des standards du théâtre qui incombent souvent à ce genre de ‘comédie’, apporte une touche d’originalité à l’ensemble. Les auteurs de Bande Dessinées seraient-ils l’avenir du cinéma en France ?

Le Road Trip d’Emile nous rappelle que chaque individu garde en lui son jardin secret, sa part de folie et d’originalité, ce petit sel qui rend la vie différente. A l’heure où le vieillissement de la population, la problème de la retraite et la désertion des campagnes sont des vrais sujets de société, Pascal Rabaté donne une nouvelle dimension à son très beau récit. Une façon simple et joyeuse de réconcilier les générations, un contre pied intelligent sans être trop bobo ou écolo, juste une belle histoire sans complaisance. On ne peut souhaiter qu’une chose, que ces “Petits Ruisseaux” continuent de couler longtemps devant nos yeux.
Les Petits Ruisseaux
de Pascal Rabaté
Séances cette semaine à 10:40, 12:35, 14:30, 16:25, 18:20, 20:10, 22:05
au Pathé Orléans

Bonne séance !
Commentaires