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“Tournée” de Mathieu Amalric, ma grande claque de l’année. Aussi violent et destructeur, enjoué et désenchanté que sa musique de générique, “Have Love Will Travel” des Sonics. Un souffle ravageur, un équilibre entre joie de vivre et dépression ultime, un film sur la vie qu’on recherche, la course effrénée pour oublier le reste, la vision et les dommages collatéraux. Avec sa brochette de Show Girls fortes en gueule et en poitrine, Joachim Zand (Amalric en producteur torturé, bordélique et transcendant) traverse la France ou plutôt en fait les contours, pour présenter un spectacle “New Burlesque” novateur et débridé. Ça, c’est pour l’histoire. Le film, c’est autre chose, c’est la recherche d’une rédemption impossible, le retour au pays d’un ex-producteur de télé à la dérive qui retrouve une famille explosée, un ami qui l’aime autant qu’il le déteste et des casseroles à ne plus savoir qu’en faire. Le film, c’est aussi la liberté extrême, le féminisme explosif, le charme et la provocation, la poésie et le sexe, le soufre et la vitesse.

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La réalisation et l’univers décrit transpire le music hall, le grand spectacle, la grandiloquence de Las Vegas mais aussi l’énergie du rock garage, le ‘do it yourself’ salvateur, le renouveau sincère, sans fioritures, avec en prime, un humour décapant qui change la vie. On traverse les villes comme des décors, on ne les voit pas, on ne visite rien, juste des loges, des coulisses, des théâtres, des hôtels, des trains, des voitures de location, des stations services. Les actrices, stripteaseuses, artistes, effeuilleuses ou peu importe leur qualification, sont juste flamboyantes. Bien dans leur peau, elles savent ce qu’elles veulent, captent entièrement l’image, l’histoire, le rendu, elles transpercent l’écran, littéralement. Mimi Le Meaux, Dirty Martini, Kitten on the Keys, Julia Atlas Muz, Evie Lovelle. Leur pseudos résonnent comme des coups de fusil à pompe dans la poitrine, des caresses violentes sur la joue, des mots d’amour avec les poings. Elles le disent plusieurs fois lors du périple, le spectacle, c’est elles, ce n’est pas lui. Le film, c’est elles, lui ne fait que traverser.

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Zand ne veut pas grandir, il est toujours à la recherche de son idéal, il a quitté Paris, ses enfants, sa carrière, disparu vers la terre promise du Showbiz mais a-t-il fuit le succès ou la déchéance, l’histoire ne le dit pas. L’histoire n’a pas le temps, l’histoire court, fourmille, se déshabille, baise, se bagarre, crie, s’explique, se retourne, s’aime et l’histoire disparait. L’histoire n’a pas de fin non plus, une dernière représentation à Paris comme but ultime, l’arlésienne qui donne droit au Road Movie existentiel le plus prenant du cinéma français depuis longtemps. Alternatif mais pas marginal. Indépendant, libertaire mais pas moraliste. Un hommage réel à toute les contre et sous-cultures qui explosent depuis les années 60. Une autobiographie déguisée de Mathieu Amalric ? Peut être, en tout cas, un film dont on se rappellera longtemps qui mérite amplement sa récompense à Cannes et place l’acteur/réalisateur comme une figure incontournable du cinéma français pour les années à venir.

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Mimi le Meaux est un sacré engin. Une arme de destruction massive. Alors que la première partie de “Tournée” est prise dans le tourbillon du spectacle, sans s’attarder sur un personnage particulier, Mimi le Meaux commence à prendre une part de plus en plus importante pour être finalement l’actrice principale, la souris du chat ou le chat de la souris. Avec son style tout droit sorti des 50′s, tatouages, faux cils et blonde platine, ce camouflage de spectacle, elle transporte pourtant vers une sincérité réelle, un charme indéniable loin des clichés actuels, un modernisme à tout épreuve sur scène comme dans la ‘vraie vie’. C’est peut être cela le vrai sujet du film, la recherche qui relie Zand et ses femmes, la limite très légère qui existe entre la scène et la réalité, le spectacle et le dehors, la quête ultime de la vraie raison de tout ce bordel, le cri primal au début du morceau des Sonics qui ouvre et clôture le film. Tout est question d’énergie, de fuite en avant, d’euphorie pour palier à la crise, de joie de vivre qui emmerde les drames jusqu’à la fin. Et la “Tournée” se termine dans une désillusion mélancolique, escamotée derrière une vie à 100 à l’heure, des rencontres éphémères et l’amour vrai, celui du spectacle de la vie, une tempête qui ne s’arrête jamais. The Show Must Go On !

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Bizarrement après deux semaines d’exploitation, le film a déjà presque disparu des écrans orléanais. Il faut croire que la 3D de Shrek et Toy Story fait des dégâts… On en reparle bientôt sur Orlinzoo.

Séances cette semaine (14/07 au 20/07)

Les Carmes
7, rue des Carmes 45000 Orleans
Tous les jours à 13:50, 15:55, 19:50

Pathé Orléans
2 rue des Halles 45000 Orléans
Tous les jours séance unique à 10:20

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